07/01/2019 – Une nouvelle expo photo qui se regarde avec le nez

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Quelle est l’odeur du Ku Klux Klan ? Quel parfum aurait porté Martin Luther King ? Peut-on décupler l’émotion qui se dégage d’une photo grâce à une fragrance ? Réponse ci-dessous : je suis allée faire une visite olfactive de l’expo « I Am A Man », l’expo qui peut être vue « sans la vue » !

À l’occasion de l’exposition « I am A Man », qui retrace à travers des photos amateurs et professionnelles 10 ans de luttes pour les droits civiques dans le sud des États-Unis, de 1960 à 1970, les étudiants en Master ICAP, arômes et parfums de la Faculté de Sciences de Montpellier se sont vu proposer un défi : créer des parfums qui accompagneront les photographies présentées .

Sentir et ressentir

Le principe : chaque étudiant, ou groupe d’étudiants, choisit des photos tirées de l’expo qui l’inspirent et sur lesquelles il souhaite travailler. À partir de son interprétation sensible et personnelle, il va ensuite créer plusieurs parfums qui retranscrivent l’émotion suscitée par cette photographie, ou l’odeur que l’on aurait pu sentir au moment où elle a été prise.

C’est un travail de longue haleine : entre l’analyse de son propre ressenti et la sélection des molécules utilisées pour reproduire les odeurs souhaitées, l’élaboration du parfum prend de 1 à 3 mois. Six pôles seulement ont été mis en place dans l’enceinte du Pavillon Populaire, afin que les odeurs ne se chevauchent pas, et l’on a pu déambuler à notre rythme entre chacun des pôles, tenu par un étudiant qui vous explique sa démarche, la liste précise des odeurs utilisées et ce qu’il a souhaité faire sentir et ressentir. Pour ceux qui n’y connaissent rien, pas de problème. Ils ont fort heureusement la pédagogie nécessaire pour expliquer au profane les différentes étapes de la concoction d’un parfum !

L’odeur de la mort

Je m’arrête devant la photo d’un homme noir dont le cadavre a été mutilé à la morgue : l’étudiante présente a cherché à accentuer le choc de la photo à travers un parfum qui symboliserait celui de la mort. Mais comment créer une odeur de mort ? Tandis que les visiteurs voguent de photo en photo, l’étudiante refait patiemment son explication pour chaque nouveau groupe qui se présente à elle.
L’explication du processus créatif est passionnante, nous faisant bien comprendre à quel point l’élaboration d’un jus est un complexe processus chimique. Le but de la parfumerie explique-t-elle, est de faire passer des messages : ici le choc recherché est bien atteint, et l’odeur mortuaire élaborée à base de cumin, de civette, de castoréum et de pierre d’Afrique me soulève réellement le cœur.

Pour éviter de créer des nausées multiples, les exposants ont eu la bonne idée de mettre les odeurs les plus fortes sur de petites carré de tissus, réservant leur création la plus légère au parfum d’ambiance. Moi qui ai l’odorat sensible, il m’est parfois difficile de respirer ces effluves très corsées, voire dérangeantes. Un conseil également : je pense que l’expo est à éviter en cas de gueule de bois. Mais l’impact recherché est atteint : regarder la photo choisie en respirant le parfum qui l’accompagne vous procure une sensation vertigineuse.

Que sentait Martin Luther King ?

Autre pôle intéressant (ils l’étaient tous, à vrai dire !) : celui consacré à Martin Luther King. Les étudiantes ont imaginé qu’elle aurait pu être l’odeur du célèbre pasteur et ont imprégné une chemise d’homme de cette fragrance, qu’elles nous font respirer. Contrairement à l’odeur imaginée pour le Ku Klux Klan, que l’on découvrira un peu plus loin, reprenant des notes de plantes pour un rendu froid et « trop » propre, celle-ci est faite de notes chaudes, musquées et épicées.

On se fait mutuellement respirer la chemise et nous tombons d’accord : Martin Luther King sentait bon. En plongeant la tête dans cette chemise, j’ai même l’impression qu’il est en train de me faire une accolade, ce qui est assez troublant. D’une façon générale, l’ambiance est très conviviale : le principe de l’exposition participative, la présence des étudiants avec qui l’on peut échanger, enlève l’aspect impersonnel d’une expo classique, au cours de laquelle on observe des œuvres sans se parler.

D’autres façons de visiter les expositions

Le concept a été décliné sur plusieurs expositions du Pavillon Populaire depuis 2016, avec succès : visites pour malvoyant ou malentendants, visites olfactives, autant de façons originales de revisiter le principe de l’expo ! Le succès était à nouveau au rendez-vous vendredi, puisque 400 visiteurs se sont pressés à la session de 16h, tandis que nous n’étions pas moins de 200 pour la visite nocturne de 19h.

Vous pouvez encore découvrir cette exposition, sans l’odeur cette fois, mais qui n’en demeure pas moins intense et importante, au Pavillon Populaire, ce dimanche 6 janvier, avant qu’elle ne parte ensuite pour Washington, puis pour Johannesburg !

>> Pratique : I Am A Man – ce dimanche 6 décembre – de 10h à 18h – Pavillon Populaire – esplanade Charles de Gaulle à Montpellier – entrée libre.

Cet article provient du site internet : https://e-metropolitain.fr/2019/01/06/jai-teste-lexpo-photo-se-regarde-nez/

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