15/04/2019 – UNE INTELLIGENCE ARTIFICIELLE POUR CRÉER LE PARFUM PARFAIT

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Givaudan a développé «Carto», un outil combinant IA, écran tactile et robot mélangeur, destiné à aider les parfumeurs dans leur travail créatif.

«Carto», c'est une table équipée d’un écran tactile permettant de créer des formules de manière visuelle et ludique.

Composer un parfum, on s’en doute, n’est pas une mince affaire. Pour le parfumeur, après des années de pratique destinées à former et à développer un «nez», il s’agit de créer des fragrances uniques, qui sauront séduire le public, en se basant à la fois sur son habilité à marier les senteurs, sa connaissance du marché et des nouvelles tendances, mais aussi de ses notions en biologie, car au-delà de l’aspect création, le parfumeur est aussi un scientifique.

Alors ce n’est pas l’ensemble de ce travail que Givaudan entend aujourd’hui remplacer dans le cadre de sa stratégie d’innovation numérique 2020. Par contre, le groupe suisse basé à Genève, leader mondial des fragrances et arômes, entend clairement aujourd’hui réinventer la façon de concevoir les parfums. 

Tout avait commencé en janvier dernier, avec l’inauguration du Digital Factory, un laboratoire d’innovation basé à Paris, près du campus de start-up Station F, l’un des plus grands incubateurs d’idées au monde avec ses 34’000 m2. De cet accélérateur de projets estampillé Givaudan, rassemblant experts, partenaires et clients de la marque du monde entier, sort aujourd’hui «Carto», un outil interactif et intelligent qui n’est donc pas destiné à supplanter le parfumeur mais plutôt à l’aider dans son processus de création et à augmenter son efficacité.

Le «glisser/déposer» du parfumeur

Plus précisément, «Carto», c’est une grosse table inclinable, équipée d’un écran tactile d’environ un mètre de large sur 50 cm de haut permettant de créer des formules de manière visuelle et ludique, et couplée à un robot capable d’aller piocher dans une réserve de plusieurs centaines d’ingrédients, afin de concocter très rapidement une première ébauche de fragrance. 

Le tout étant dopé par une intelligence artificielle chargée de proposer au parfumeur de nouvelles pistes en lui suggérant par exemple d’ajouter certains ingrédients pour orienter sa formule dans une direction qu’il n’aurait peut-être pas songé à explorer.

Mais pour jauger de l’efficacité d’un tel outil, mieux vaut d’abord comprendre le processus de création du parfumeur. 

L’IA propose au parfumeur de nouvelles pistes en lui suggérant par exemple d’ajouter certains ingrédients pour orienter sa formule. Photo: DR

«Imaginez un bureau envahit d’échantillons et de différents produits, avec une présence très marquée du parfum à l’étude dans le bureau, nous explique Quentin Gouedard, directeur de l’innovation du groupe… Le parfumeur élabore habituellement ses formules sur un tableur traditionnel avant de devoir passer par tout un processus au moment d’établir un échantillon, impliquant un certain nombre de personnes qui, de surcroît, ne peuvent pas réaliser plus qu’une quantité donnée d’échantillons par jour… Ça prend du temps et, bien entendu, c’est une opération qui a un coût. Là, sur votre écran tactile, vous allez pouvoir déplacer des ingrédients virtuels dans une formule et la machine va par exemple vous suggérer un dosage en fonction de la puissance des échantillons, avant que le robot mélangeur vous sorte un parfum en moins de 3 minutes, un peu comme votre imprimante de bureau avec une série de feuilles. C’est une solution qui permet de tester immédiatement différentes pistes olfactives et d’explorer de nombreuses directions de manière efficace».

S’affranchir des tâches rébarbatives

Alors qu’il s’agisse de parfumerie dite ménagère (savons, cosmétiques, lessive…) ou de parfumerie fine, dont la seule fonction est de faire sentir bon la personne qui les porte, «Carto» offre déjà un gain de temps substantiel. Mais ce n’est pas tout. Le métier de parfumeur est aussi parfois jalonné de tâches répétitives ou rébarbatives. «On se retrouve par exemple parfois confronté à des changements de lois, avec des ingrédients brusquement interdits, continue Quentin Gouedard. 

Le parfumeur doit alors reprendre la formule historique et la retravailler afin qu’elle reste compatible olfactivement tout en rendant le produit conforme à la nouvelle régulation. C’est une étape où l’aspect créatif est totalement absent et pour laquelle les parfumeurs ont peu d’intérêt. Mais nos algorithmes parviennent maintenant à très bien se charger de ces tâches».

Qu’on se rassure, ce n’est pas donc demain que l’on trouvera chez notre revendeur préféré un parfum estampillé «Entièrement fabriqué à l’intelligence artificielle». 

«Même si «Carto» nous aide beaucoup dans notre travail, explique Calice Becker, parfumeuse et directrice de l’Ecole de parfumerie de Givaudan, nous permettant de faire bien plus d’expériences qu’à l’heure actuelle et de doser nos formules de manière très performante, nous, parfumeurs, continuons à apporter la touche créative, c’est à dire l’élément le plus important qu’aucun système ne peut remplacer».

Alors quel avenir pour cette machine? Déployée dans tous les centres de création de la multinationale genevoise – Paris, São Paulo, Singapour ou encore New York – «Carto» est pour l’instant destinée à aider le groupe à définir les directions à explorer en termes d’innovation, une fois que les parfumeurs qui l’ont aujourd’hui entre les mains auront donné leur feedback. 

«Carto» pourrait aussi être enrichi de données supplémentaires, basées sur la façon dont les consommateurs perçoivent les différentes fragrances afin d’aider les parfumeurs à affiner leurs accords créatifs. «En attendant, de nombreux autres projets sont en cours au sein de la Digital Factory», précise Quentin Gouedard. (Le Matin)

Cet article provient du site internet : https://www.lematin.ch/high-tech/Une-intelligence-artificielle-pour-creer-le-parfum-parfait/story/30622942

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